| Petite
Histoire sur Les Forges de Saint Laurent en Royans (Drôme)
Le
1er mai 1672, Messire Charles, Louis, Alphonse de SASSENAGE,
marquis de Pont en Royans, et de fait Seigneur de St.
Laurent en Royans, passe une convention avec ses sujets
St Laurentinois, afin de lui permettre de construire
des "artifices" dans leur communauté, sur
les bords du CHAULEILE (Cholet).
De
cet acte passé au château de la Bastide à St. Laurent
en Royans, il est dit : "La communauté de
St Laurent, par la voix de son Consul François Magnat
et autres députés, consent à ce que dit seigneur
de Sassenage fasse construire des fourneaux et artifices
pour le fer, assier et autres métaux, sur la rivière
du Cholet et que pour l'usage desdits fourneaulx, il
fasse prendre et couper dans la montagne de Larps du
bois fau (fayard) et autres bois propres à faire charbon,
autres toutefois que du bois blanc sapin... à condition
néanmoing qu'il sera réservé, pour l'uzage des habitants
de St Laurent, la quantité de 200 sestérées à prendre
sur ladite montagne, au lieu appelé les Clapisses, et
attendu la profit et avantage que la communauté peut
recepvoir, tant du commerce que causeront lesdits fourneaulx
que du chemin qu'il eschoit de faire dans icelle montagne
et alhieurs pour charrier le bois et le charbon nécessaire,
lesdits députés ont aussi accordé que chacun chef de
famille fournira, une fois seulement, quatre journées
d'homme pour ayder à faire ledit chemin" en compensation,
le Seigneur de Sassenage dispense à l'avenir ses sujets
de la corvée dite "la tryne de bois" qu'ils
lui faisaient chaque année ou lui payaient en espèces
sonnantes (15 sols) etc... (Abbé Morinn "La Chartreuse
du Val Ste Marie").
La
construction de ces artifices a été confiée à Guigues
CHEVALIER, Marchand de Grenoble, suivant une convention
passée avec Monsieur de BOISSIEU, au nom de Messire
Charles Louis Alphonse de SASSENAGE.
D'après
l'historien archiviste du XVIIIème siècle, PILOT de
THOREY, il y a, à St Laurent "un fourneau à couler
la gueuse. Il est sur le ruisseau de chauleile et est
à GAILLARD, Secrétaire de la chambre des Comptes qui
le fait valoir. Il prenait le mine à Allevard, coulait
pendant 6 mois de l'année, donnant 35 à 40 quintaux
de gueuses par jour et consommant par jour 40 à 45 charges
de charbon. Au même endroit, sur le même ruisseau, étaiet
également deux martinets qui travaillent en gros fer
et quelques menus ouvrages, consommant une partie des
gueuses tirées du fourneau voisin".
GUEUSE
: FER DE FONTE (obtenu par le fourneau) : se mesure
en quintal qui est l'unité de poids des Maîtres de Forges
(quintal = 100 livres).
CHARGE
: la charge totale était de 100 à 110 Kg soit 2 quintaux.
La charge de minerai était répartie en 2 bennes de chaque
côté du bât, c'est-à-dire de la selle de la bête de
somme (la bête de somme étant la mule). Chacune de ces
bennes pesait 50 à 55 Kg, soit 1 quintal.
BENNE
ou BANATE = Unité de mesure qu'on comptait par douzaine.
1
BENNE = ½ sommée ou somme
LA
BETE DE SOMME était le mulet.
Dans
les années 1730, Antoine et joseph BLANC, père et fils
et Guillaume ROYBET "exploitaient fourneaux et
martinets dans cette profonde gorge du Cholet, sombre
et encaissée. Vers 1740, l'affaire était prospère et
les BLANC n'avaient pas hésité à faire construire une
chapelle auxiliaire destinée à la commodité de leur
famille et aux ouvriers de leur fabrique". Cette
chapelle, connue sous le vocable de NOTRE DAME DE LA
GARDE, fut bénie le 11 octobre 1741 par Daniel Joseph
de Cosnac, Evêque de DIE.
Les
BLANC & ROYBET avaient passé des accords de charbonnage
avec les Chartreux de Bouvantes, afin de permettre l'approvisionnement
en charbon de bois et la nourriture des mulets chargés
de transporter le minerai :
Le
17 septembre 1737, ils avaient pris à bail pour 8 ans
de Dom Denis GODARD, prieur du VAL STE MARIE (il fut
prieur de 1733 à 1738), la ferme de Lente, moyennant
1.500 livres, deux quintaux de beurre et deux quintaux
de fromage de redevance annuelle.
L'approvisionnement
en minerai était assurée par 8 ouvriers travaillant
dans les fosses de ST PIERRE D'ALLEVARD.
Enfin,
la location de la force motrice et les rives du Cholet
était payée 250 livres au Marquis de Sassenage et 40
livres au Duc de Tallart (probablement de la famille
du comte de Tallart, duc d'Hostun, Marquis de la Beaume).
C'est
du côté des Chartreux que vinrent les ennuis. Ces derniers
se plaignirent que les Maîtres des Forges utilisassent
tout le foin pour nourrir leurs mulets en laissant dépérir
leurs vaches. Les associés reprochaient aux Pères du
Val Ste Marie de ne pas surveiller la fabrication du
charbon de bois dont ils avaient la charge, et de vendre
à d'autres, le bois de leur forêts.
ROYBET
eut alors l'idée d'associer les Chartreux aux bénéfices
des forges. Le minerai de fer était transporté des mines
d'Allevard à un entrepôt situé à GONCELIN, aux bords
de l'Isère. De là, le minerai était entreposé, en attendant
le chargement d'un bateau qui le conduirait au port
de ROCHEBRUNE (ST NAZAIRE) pour y être déchargé dans
un nouvel entrepôt. Il était enfin chargé par des mulets
qui le conduisaient à ST LAURENT. Mais ce projet d'association
avec les Chartreux n'eut pas de suite, et une succession
de malheurs s'abattit sur les Maîtres des Forges.
Au
début du printemps de 1743, Joseph BLANC perdit sa femme,
Marie GENDRE, âgée seulement de 40 ans. Un an après,
jour pour jour, le 24 avril 1744, ses deux fils aînés,
âgés de 7 et 11 ans, se noyèrent dans le Cholet en voulant
traverser sur une mauvaise planche (registre paroissial
de St Laurent en Royans). Aussi, dès 1744, le fourneau
était-il arrêté.
Deux
ans plus tard, Etienne ROYBET, âgé de 30 ans, mourrait
à St Laurent et son père Guillaume quittait définitivement
St Laurent pour St Martin le colonel.
Joseph
BLANC ne tardait pas à rejoindre sa femme dans la tombe
et en 1752 il n'y avait plus aucune activité métallurgique
à St Laurent.
1754
- On retrouve un sieur REAL qui exploite le site.
"LA
COMPAGNIE ROYALE DES ACIERS"
Les
forges de PEROUZET (ST CLAIR SUR GALAURE) fabriquaient
de l'acier, mais la nécessité de fabriquer la fonte
les oriente à chercher un haut-fourneau près de l'Isère
qui leur donnera, d'une façon plus économique, le matériau
dont ils ont besoin, grâce au minerai venant d'Allevard.
Les
premiers soins de MOYROUD, le Maître des Forges, fut
de "parcourir tous les endroits les plus à portée...
; il s'est déterminé à choisir ST NAZAIRE".
C'est
à ce moment-là, sans doute, qu'il songea à s'associer
avec un de ses neveux : Vincent POCHIN, fils de Pierre-Vincent
POCHIN, l'ancien directeur de la fonderie royale de
canons de ST GERVAIS, lui-même ancien directeur des
fourneaux de St Gervais, époux de Judith JUBIE, fille
du grand soyeux de LA SONE.
MOYROUD
et POCHIN obtiennent conjointement un arrêt du Conseil
d'état, "les autorisant à construire dans la vallée
de la Galaure, les forges propres à la première préparation
de l'acier suivant le procédé du sieur MOYROUD et sur
les rivières de Bourne à Lionne les fourneaux, forges,
usines, ateliers nécessaires pour fondre le minerai,
affiner l'acier et fabriquer les lames de faulx et de
scie, les instruments aratoires et de quincaillerie".
A
cette époque, le Duc d'Orléans, le futur Philippe Egalité,
dépensier et endetté, est à l'affût de toutes les combinaisons
qui lui paraissent profitables ! Il s'intéresse au procédé
de fabrication MOYROUD, émet un prospectus vantant les
procédés métallurgiques ainsi que "la science des
associés" et une souscription est ouverte chez"
Maître GRIVEAU en Août 1786, afin de créer une société.
Le
23 MAI 1787, se tint à PARIS, l'assemblée de constitution
de le première société, la Compagnie Royale des Aciers,
en présence de plusieurs personnalités, dont le Duc
d'Orléans, pour 10 actions (sur 200 émises à 3.000 livres
chacune, MONSIEUR, frère du Roi, Monsieur de BARRAL
propriétaire des mines d'Allevard...).
Les
deux associés, heureux du bon déroulement de l'affaire,
en profitent pour visiter à nouveau le site de St Nazaire.
Ils se rendent compte alors que le site est trop éloigné
de la forêt de Lente et que la force motrice manque.
Ils jettent alors les yeux sur l'emplacement d'un ancien
martinet arrêté depuis quelques années à ST LAURENT
EN ROYANS. C'est à ST LAURENT que l'on s'installera,
au bord de la rivière du Cholet, affluent de la Bourne.
La
société constituée, les opérations devaient être dirigées,
sous l'inspection immédiate de l'Intendant du Dauphiné,
par trois administrateurs : MOYROUD, POCHIN et un troisième
qui devait s'occuper de la rentrée des fonds à PARIS.
Chacun s'allouait l'importante somme de 6.000 livres
par an, plus 2.400 livres pour celui qui serait tenu
de faire le voyage à Paris. L'actif et probe MOYROUD
se met en mesure de travailler à PEROUZET. Deux foyers
seraient montés dès le 1er juillet 1787, une affinerie
d'acier au 1er septembre, les deux autres foyers et
l'autre affinerie d'acier, fin Octobre et on commencerait
une coulée en Mars 1788. L'Intendant CAZE DE LA BOVE,
constate lors d'une de ses visites courant de cette
année là, qu'on a commencé à y faire des faux provenant
de la nouvelle méthode du sieur MOYROUD, puis des outils
pour l'agriculture qui étaient jusqu'ici fabriqués en
Allemagne.
Si
l'activité de PEROUZET semble se dérouler normalement,
il n'en est pas de même à ST LAURENT, où POCHIN, détenteur
de sommes importantes provenant des versements des actionnaires,
semblait peu disposer à travailler. On est à la veille
de la Révolution. Quelques mois plus tard, la Bastille
va être prise et POCHIN, cachant ses malversations sous
le couvert de l'émigration, passera la frontière en
direction de la Savoie vers la fin de juillet 1789.
L'affaire
fut expertisée. L'actif n'était pas négligeable. Au
domaine de Lente se trouvaient 60 mules et quelques
vaches ; à St Laurent, 17 chevaux et leurs harnais,
du minerai de fer pour 20.000 livres, des gueuses de
fonte entreposées au port de Rochebrune pour 24.000
livres et des bâtiments pour 20.000 livres. Les forges
de Pérouzet, quant à elles, pouvaient être estimées
à 93.000 livres. Dans un rapport qui fut lu à l'assemblée
des actionnaires le 20 juillet 1790, DELESPINE, l'observateur
chargé d'estimer l'actif de la société, restait optimiste
: "J'ai suivi, disait-il, les opérations du fourneau
de St Laurent, j'ai vu toutes les coulées pendant quatre
jours... on peut assurer qu'il n'y a pas dans le Dauphiné
de fourneau qui travaille aussi vivement et donne de
meilleurs gueuses. Après St Laurent, il y a deux martinets
dont un loué qui pourrait donner du bénéfice, car la
valeur du fer qui en sort, double le prix de la gueuse".
Pérouzet gagne de l'argent mais pas assez pour renflouer
St Laurent. Il faut verser de nouveaux fonds ou céder
à une autre compagnie. Ce fut cette dernière décision
qui fut prise et la vente fut faite à MOYROUD, BRIZARD
et RUBICHON. La dévaluation de la monnaie, les assignats,
allaient transformer en une très bonne affaire l'opération
des trois associés. Dès 1791, MOYROUD et son neveu RUBICHON
vont assumer le fonctionnement de l'usine de PEROUZET
et aussi, mais moins constamment, celle de ST LAURENT,
et ce, malgré les difficultés inhérentes à la période
révolutionnaire.
MOYROUD
mourra en 1802, âgé de 58 ans, et c'est RUBICHON qui
lui succède à la tête de l'affaire.
1813
- C'est un Monsieur BOISSIERE, banquier à PARIS, qui
en est propriétaire. Une mauvaise administration de
ses régisseurs, l'oblige à céder ses usines. De là,
les hauts fourneaux ne sont plus utilisés, seulement
les forges et les martinets.
1860
- Sieur Louis DUVAL, Maître des Forges. Les affaires
ne sont pas prospères et les biens sont vendus par expropriation
forcée.
C'EST
LA FIN DES FORGES DE ST LAURENT EN ROYANS
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