La Table des Forges

                       

 

(Restaurant - Pêche - Gîtes)  Les Forges - 26190 Saint Laurent en Royans  






 

Historique

 

C'est dès le milieu du XII ème siècle que des moines, à la demande du dauphin Guigues V, s'installent dans un vallon sauvage du Vercors. Vivant d'agriculture et d'élevage, ils défrichent la forêt et font construire édifices et voies de communication.

 

Au XVII ème siècle, un haut fourneau est bâti près de la Correrie. Les Chartreux reprennent alors une activité présente dans la région depuis l'époque Gauloise : La Métallurgie....

 

Ils exploitent 1400 hectares de forêt pour la production de charbon de bois destiné aux "Martinets" de St Laurent. Ces énormes marteaux d'une centaine de kilos, étaient actionnés par le Cholet. Ils faisaient résonner leur bruit de tonnerre jusqu'en Musan. On entendait alors, sur tous les chemins, les pas des convois et les cris des muletiers.

 

Les forges se taisent sous la Révolution Française et ne reprennent leur activité qu'en 1818 pour s'arrêter définitivement en 1860.

 

L'activité des Chartreux a profondément marqué la géographie locale et vous pouvez encore admirer, si les promenades et la randonnée vous tentent, les traces de leur existance.

 

Quelques exemples :

 

  • Le pont des Chartreux.
  • Le chemin de Ste Marie (chemin des Chartreux).
  • Les boiseries qui ornaient le choeur de la chapelle du Monastère et qui habillent aujourd'hui celui de l'église de St Jean en Royans.
  • Les ruines de l'ancien couvent à Bouvante.

Petite Histoire sur Les Forges de Saint Laurent en Royans (Drôme)

 

Le 1er mai 1672, Messire Charles, Louis, Alphonse de SASSENAGE, marquis de Pont en Royans, et de fait Seigneur de St. Laurent en Royans, passe une convention avec ses sujets St Laurentinois, afin de lui permettre de construire des "artifices" dans leur communauté, sur les bords du CHAULEILE (Cholet).

 

De cet acte passé au château de la Bastide à St. Laurent  en Royans, il est dit : "La communauté de St Laurent, par la voix de son Consul François Magnat et autres députés, consent à ce que dit  seigneur de Sassenage fasse construire des fourneaux et artifices pour le fer, assier et autres métaux, sur la rivière du Cholet et que pour l'usage desdits fourneaulx, il fasse prendre et couper dans la montagne de Larps du bois fau (fayard) et autres bois propres à faire charbon, autres toutefois que du bois blanc sapin... à condition néanmoing qu'il sera réservé, pour l'uzage des habitants de St Laurent, la quantité de 200 sestérées à prendre sur ladite montagne, au lieu appelé les Clapisses, et attendu la profit et avantage que la communauté peut recepvoir, tant du commerce que causeront lesdits fourneaulx que du chemin qu'il eschoit de faire dans icelle montagne et alhieurs pour charrier le bois et le charbon nécessaire, lesdits députés ont aussi accordé que chacun chef de famille fournira, une fois seulement, quatre journées d'homme pour ayder à faire ledit chemin" en compensation, le Seigneur de Sassenage dispense à l'avenir ses sujets de la corvée dite "la tryne de bois" qu'ils lui faisaient chaque année ou lui payaient en espèces sonnantes (15 sols) etc... (Abbé Morinn "La Chartreuse du Val Ste Marie").

 

La construction de ces artifices a été confiée à Guigues CHEVALIER, Marchand de Grenoble, suivant une convention passée avec Monsieur de BOISSIEU, au nom de Messire Charles Louis Alphonse de SASSENAGE.

 

D'après l'historien archiviste du XVIIIème siècle, PILOT de THOREY, il y a, à St Laurent "un fourneau à couler la gueuse. Il est sur le ruisseau de chauleile et est à GAILLARD, Secrétaire de la chambre des Comptes qui le fait valoir. Il prenait le mine à Allevard, coulait pendant 6 mois de l'année, donnant 35 à 40 quintaux de gueuses par jour et consommant par jour 40 à 45 charges de charbon. Au même endroit, sur le même ruisseau, étaiet également deux martinets qui travaillent en gros fer et quelques menus ouvrages, consommant une partie des gueuses tirées du fourneau voisin".

 

GUEUSE : FER DE FONTE (obtenu par le fourneau) : se mesure en quintal qui est l'unité de poids des Maîtres de Forges (quintal = 100 livres).

 

CHARGE : la charge totale était de 100 à 110 Kg soit 2 quintaux. La charge de minerai était répartie en 2 bennes de chaque côté du bât, c'est-à-dire de la selle de la bête de somme (la bête de somme étant la mule). Chacune de ces bennes pesait 50 à 55 Kg, soit 1 quintal.

 

BENNE ou BANATE = Unité de mesure qu'on comptait par douzaine.

 

1 BENNE = ½ sommée ou somme

 

LA BETE DE SOMME était le mulet.

 

Dans les années 1730, Antoine et joseph BLANC, père et fils et Guillaume ROYBET "exploitaient fourneaux et martinets dans cette profonde gorge du Cholet, sombre et encaissée. Vers 1740, l'affaire était prospère et les BLANC n'avaient pas hésité à faire construire une chapelle auxiliaire destinée à la commodité de leur famille et aux ouvriers de leur fabrique". Cette chapelle, connue sous le vocable de NOTRE DAME DE LA GARDE, fut bénie le 11 octobre 1741 par Daniel Joseph de Cosnac, Evêque de DIE.

 

Les BLANC & ROYBET avaient passé des accords de charbonnage avec les Chartreux de Bouvantes, afin de permettre l'approvisionnement en charbon de bois et la nourriture des mulets chargés de transporter le minerai :

 

Le 17 septembre 1737, ils avaient pris à bail pour 8 ans de Dom Denis GODARD, prieur du VAL STE MARIE (il fut prieur de 1733 à 1738), la ferme de Lente, moyennant 1.500 livres, deux quintaux de beurre et deux quintaux de fromage de redevance annuelle.

 

L'approvisionnement en minerai était assurée par 8 ouvriers travaillant dans les fosses de ST PIERRE D'ALLEVARD.

 

Enfin, la location de la force motrice et les rives du Cholet était payée 250 livres au Marquis de Sassenage et 40 livres au Duc de Tallart (probablement de la famille du comte de Tallart, duc d'Hostun, Marquis de la Beaume).

 

C'est du côté des Chartreux que vinrent les ennuis. Ces derniers se plaignirent que les Maîtres des Forges utilisassent tout le foin pour nourrir leurs mulets en laissant dépérir leurs vaches. Les associés reprochaient aux Pères du Val Ste Marie de ne pas surveiller la fabrication du charbon de bois dont ils avaient la charge, et de vendre à d'autres, le bois de leur forêts.

 

ROYBET eut alors l'idée d'associer les Chartreux aux bénéfices des forges. Le minerai de fer était transporté des mines d'Allevard à un entrepôt situé à GONCELIN, aux bords de l'Isère. De là, le minerai était entreposé, en attendant le chargement d'un bateau qui le conduirait au port de ROCHEBRUNE (ST NAZAIRE) pour y être déchargé dans un nouvel entrepôt. Il était enfin chargé par des mulets qui le conduisaient à ST LAURENT. Mais ce projet d'association avec les Chartreux n'eut pas de suite, et une succession de malheurs s'abattit sur les Maîtres des Forges.

 

Au début du printemps de 1743, Joseph BLANC perdit sa femme, Marie GENDRE, âgée seulement de 40 ans. Un an après, jour pour jour, le 24 avril 1744, ses deux fils aînés, âgés de 7 et 11 ans, se noyèrent dans le Cholet en voulant traverser sur une mauvaise planche (registre paroissial de St Laurent en Royans). Aussi, dès 1744, le fourneau était-il arrêté.

 

Deux ans plus tard, Etienne ROYBET, âgé de 30 ans, mourrait à St Laurent  et son père Guillaume quittait définitivement St Laurent pour St Martin le colonel.

 

Joseph BLANC ne tardait pas à rejoindre sa femme dans la tombe et en 1752 il n'y avait plus aucune activité métallurgique à St Laurent.

 

1754 - On retrouve un sieur REAL qui exploite le site.

 

"LA COMPAGNIE ROYALE DES ACIERS"

 

Les forges de PEROUZET (ST CLAIR SUR GALAURE) fabriquaient de l'acier, mais la nécessité de fabriquer la fonte les oriente à chercher un haut-fourneau près de l'Isère qui leur donnera, d'une façon plus économique, le matériau dont ils ont besoin, grâce au minerai venant d'Allevard.

 

Les premiers soins de MOYROUD, le Maître des Forges, fut de "parcourir tous les endroits les plus à portée... ; il s'est déterminé à choisir ST NAZAIRE".

 

C'est à ce moment-là, sans doute, qu'il songea à s'associer avec un de ses neveux : Vincent POCHIN, fils de Pierre-Vincent POCHIN, l'ancien directeur de la fonderie royale de canons de ST GERVAIS, lui-même ancien directeur des fourneaux de St Gervais, époux de Judith JUBIE, fille du grand soyeux de LA SONE.

 

MOYROUD et POCHIN obtiennent conjointement un arrêt du Conseil d'état, "les autorisant à construire dans la vallée de la Galaure, les forges propres à la première préparation de l'acier suivant le procédé du sieur MOYROUD et sur les rivières de Bourne à Lionne les fourneaux, forges, usines, ateliers nécessaires pour fondre le minerai, affiner l'acier et fabriquer les lames de faulx et de scie, les instruments aratoires et de quincaillerie".

 

A cette époque, le Duc d'Orléans, le futur Philippe Egalité, dépensier et endetté, est à l'affût de toutes les combinaisons qui lui paraissent profitables ! Il s'intéresse au procédé de fabrication MOYROUD, émet un prospectus vantant les procédés métallurgiques ainsi que "la science des associés" et une souscription est ouverte chez" Maître GRIVEAU en Août 1786, afin de créer une société.

 

Le 23 MAI 1787, se tint à PARIS, l'assemblée de constitution de le première société, la Compagnie Royale des Aciers, en présence de plusieurs personnalités, dont le Duc d'Orléans, pour 10 actions (sur 200 émises à 3.000 livres chacune, MONSIEUR, frère du Roi, Monsieur de BARRAL propriétaire des mines d'Allevard...).

 

Les deux associés, heureux du bon déroulement de l'affaire, en profitent pour visiter à nouveau le site de St Nazaire. Ils se rendent compte alors que le site est trop éloigné de la forêt de Lente et que la force motrice manque. Ils jettent alors les yeux sur l'emplacement d'un ancien martinet arrêté depuis quelques années à  ST LAURENT EN ROYANS. C'est à ST LAURENT que l'on s'installera, au bord de la rivière du Cholet, affluent de la Bourne.

 

La société constituée, les opérations devaient être dirigées, sous l'inspection immédiate de l'Intendant du Dauphiné, par trois administrateurs : MOYROUD, POCHIN et un troisième qui devait s'occuper de la rentrée des fonds à PARIS. Chacun s'allouait l'importante somme de 6.000 livres par an, plus 2.400 livres pour celui qui serait tenu de faire le voyage à Paris. L'actif et probe MOYROUD se met en mesure de travailler à PEROUZET. Deux foyers seraient montés dès le 1er juillet 1787, une affinerie d'acier au 1er septembre, les deux autres foyers et l'autre affinerie d'acier, fin Octobre et on commencerait une coulée en Mars 1788. L'Intendant CAZE DE LA BOVE, constate lors d'une de ses visites courant de cette année là, qu'on a commencé à y faire des faux provenant de la nouvelle méthode du sieur MOYROUD, puis des outils pour l'agriculture qui étaient jusqu'ici fabriqués en Allemagne.

 

Si l'activité de PEROUZET semble se dérouler normalement, il n'en est pas de même à ST LAURENT, où POCHIN, détenteur de sommes importantes provenant des versements des actionnaires, semblait peu disposer à travailler. On est à la veille de la Révolution. Quelques mois plus tard, la Bastille va être prise et POCHIN, cachant ses malversations sous le couvert de l'émigration, passera la frontière en direction de la Savoie vers la fin de juillet 1789.

 

L'affaire fut expertisée. L'actif n'était pas négligeable. Au domaine de Lente se trouvaient 60 mules et quelques vaches ; à St Laurent, 17 chevaux et leurs harnais, du minerai de fer pour 20.000 livres, des gueuses de fonte entreposées au port de Rochebrune pour 24.000 livres et des bâtiments pour 20.000 livres. Les forges de Pérouzet, quant à elles, pouvaient être estimées à 93.000 livres. Dans un rapport qui fut lu à l'assemblée des actionnaires le 20 juillet 1790, DELESPINE, l'observateur chargé d'estimer l'actif de la société, restait optimiste : "J'ai suivi, disait-il, les opérations du fourneau de St Laurent, j'ai vu toutes les coulées pendant quatre jours... on peut assurer qu'il n'y a pas dans le Dauphiné de fourneau qui travaille aussi vivement et donne de meilleurs gueuses. Après St Laurent, il y a deux martinets dont un loué qui pourrait donner du bénéfice, car la valeur du fer qui en sort, double le prix de la gueuse". Pérouzet gagne de l'argent mais pas assez pour renflouer St Laurent. Il faut verser de nouveaux fonds ou céder à une autre compagnie. Ce fut cette dernière décision qui fut prise et la vente fut faite à MOYROUD, BRIZARD et RUBICHON. La dévaluation de la monnaie, les assignats, allaient transformer en une très bonne affaire l'opération des trois associés. Dès 1791, MOYROUD et son neveu RUBICHON vont assumer le fonctionnement de l'usine de PEROUZET et aussi, mais moins constamment, celle de ST LAURENT, et ce, malgré les difficultés inhérentes à la période révolutionnaire.

 

MOYROUD mourra en 1802, âgé de 58 ans, et c'est RUBICHON qui lui succède à la tête de l'affaire.

 

1813 - C'est un Monsieur BOISSIERE, banquier à PARIS, qui en est propriétaire. Une mauvaise administration de ses régisseurs, l'oblige à céder ses usines. De là, les hauts fourneaux ne sont plus utilisés, seulement les forges et les martinets.

 

1860 - Sieur Louis DUVAL, Maître des Forges. Les affaires ne sont pas prospères et les biens sont vendus par expropriation forcée.

 

C'EST LA FIN DES FORGES DE ST LAURENT EN ROYANS

 

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